Macron, Président toxique

Dans cette séquence complexe pour la droite, deux attitudes sont possibles. La première, adoptée par le mouvement Les Républicains (LR), consiste à ne pas participer à un gouvernement qui a rompu la confiance avec ceux qui souhaitaient éviter une confusion supplémentaire sur la politique à mener dans notre pays, si abîmé. La décision a été prise d’exclure les ministres issus de notre mouvement, ce qui est une très bonne chose. La seconde attitude consiste à refuser la chienlit généralisée au Parlement et à éviter une nouvelle dissolution, qui serait source d’un chaos encore plus grand. C’est le choix de la majorité des députés LR, qui donnent l’impression d’approuver les funestes positions socialistes habilement imposées par un Parti Socialiste (PS) lui-même profondément déchiré, et qui trouvent là une victoire à la Pyrrhus.

J’approuve l’exclusion des ministres issus de LR qui participent à ce gouvernement contre la décision des dirigeants et la volonté des militants. Toutefois, je ne peux désapprouver le refus de nos députés de censurer le gouvernement Lecornu, malgré un discours de politique générale qui marque l’abandon de tout courage et de toute vérité.

Nos militants en sont perdus, furieux, déçus… Je comprends et partage leur désarroi et observe, navré, le départ de nombreux militants qui avaient retrouvé, grâce à Bruno Retailleau, l’espoir d’un retour à une droite forte, convaincue, responsable et engagée. « C’est mort », me disent-ils, dépités et outragés.

Ce spectacle désolant pour notre pays est le résultat de huit années d’un Président qui a systématiquement détruit les bases de la vie politique française, qui structuraient sa démocratie depuis 1958. Car derrière ce jeu malsain consistant à détruire les « partis de gouvernement » au profit du parti de la « raison », c’est notre démocratie qui est profondément blessée et mise en danger. Les seuls qui peuvent se montrer cohérents en ce moment sont les extrêmes : d’un côté, l’extrême gauche LFI, et de l’autre, la droite nationale, qui n’a jamais exercé le pouvoir mais se voit renforcée à chaque nouvelle crise orchestrée par le Président : premiers ministres se succédant sur un coup de tête du Président, dissolution étrange après une élection européenne largement perdue, illusion du « pacte républicain » qui prive les Français de leur choix, refus de tirer les conséquences de l’impasse politique ainsi créée en remettant son mandat, abandon de toutes les promesses du Président de consulter les Français et de tirer les conclusions d’un profond divorce avec le peuple de France.

Ces événements politiques affligeants affaiblissent notre pays, qui se trouve aujourd’hui au bord d’une crise financière et sociale, suscitant à juste titre des craintes chez les Français.

Le « ni droite ni gauche » originel contenait en lui une promesse de destruction politique, tout autant que la possibilité de débats structurés tranchés par le vote majoritaire. Le PS et LR, aux marges des partis de la « raison », se sont trouvés étranglés, affaiblis et en risque de disparition, au profit d’un grand centre imaginaire. Ils ont trouvé refuge dans une alliance honteuse avec LFI pour le PS, et le repliement sur des personnalités pour LR. Ce « en-même-temps » n’a servi que l’ambition d’un homme qui s’est révélé éloigné de l’intérêt général, en empêchant l’alternance démocratique nécessaire. Le « camp-de-la-raison » a engendré la déraison.

Le PS a fait le choix d’alliances honteuses. LR a tenu bon, mais ne pourra durablement faire l’impasse d’un débat sur son avenir et sur une alliance avec le RN, dont on observe le recentrage à mesure qu’il s’approche du pouvoir.

Que faire dans ce chaos ? Renforcer le RN pour lui donner la structure qui lui manque et lui apporter les idées de la droite nécessaires au redressement du pays ? C’est une voie tentante qu’a emprunté Eric Ciotti au risque de se dissoudre. Le refus du RN de se qualifier lui-même comme un parti de droite nous prive de fait d’une perspective de rapprochement. Le « ni droite ni gauche » du RN, bien qu’il soit différent du slogan de M. Macron, recèle un risque pour le pays qu’il est difficile de franchir aisément.

Ainsi, le choix de Bruno Retailleau de refuser de poursuivre la présence au gouvernement et de s’opposer à l’option de gauche, qui ne ferait que précipiter davantage notre pays dans la faillite et le déclassement, est salutaire. Si nos députés refusent les compromis insensés qui nuisent au pays, au risque d’une nouvelle dissolution, alors nous aurons une voie possible pour construire un avenir. Toutefois, les chances de donner à la France un budget pour l’année 2026 sont très faibles voire nulles, et si le Président poursuit sa voie solitaire, en méprisant la constitution, le chaos progressera encore jusqu’à la rupture.

Dans tous les cas, nos députés n’en sortiront pas indemnes, tout comme ceux du centre et du PS à la recherche d’un compromis illusoire. En effet, à fréquenter une substance toxique, on ne peut que sortir malade et affaibli. Gardons donc notre lucidité et notre unité derrière Bruno Retailleau.

Faute d’unité et de cohérence, affaibli par le Président, notre mouvement aura toutes les difficultés à s’imposer au premier tour de l’élection présidentielle à venir, la seule élection capable de produire le sursaut indispensable. Nous devons y travailler, unis et volontaires. Mais il nous faut créer les conditions d’un accord de second tour avec le RN, afin que cette élection ne soit pas à nouveau contraire à la volonté des Français. Le second tour de la prochaine élection présidentielle devra réunir tous les patriotes. Nous devons nous y préparer en élaborant un projet sérieux qui bousculera inévitablement un pays aujourd’hui figé par dix ans d’absence de débats sérieux. Il nous faudra le courage de remettre en question, et peut-être même en premier lieu, toutes les postures des nombreux « barons » LR si fortement ancrés dans le paysage, qui pourraient devenir des sources de division et des obstacles au redressement. Il nous faudra courage et ténacité pour convaincre le RN et ses électeurs que la voie du courage est possible pour ceux qui aiment profondément la France. Ce travail doit s’engager maintenant, loin des vapeurs toxiques, en espérant la fin la plus proche possible de dix années d’un cauchemar français.